"Faire rêver les Français et non leur mentir"




François Hollande était le 11 juillet à Marseille. A la veille de sa visite dans la cité phocéenne, le candidat a accordé un entretien au quotidien La Provence.

Propos recueillis par Marjory CHOURAQUI - Les sondages vous placent en tête des favoris des Français ? François Hollande : N'est-ce pas une position finalement à double tranchant? Un sondage ne fait pas une élection. Il y aurait de ma part beaucoup d'illusions si j'imaginais que, pour la primaire comme pour la présidentielle, les jeux seraient faits. Je sais la vulnérabilité et la volatilité des enquêtes d'opinion. C'est pourquoi je vais au contact des Français, ce sont eux qui, par leur soutien, leurs encouragements, me donnent la force pour prétendre être le prochain président de la République. - Vous avez dit de Nicolas Sarkozy qu'il n'était pas un mauvais candidat mais un mauvais Président. Qu'est-ce qui ferait de vous un bon Président ? Il m'appartient d'en faire la démonstration en ayant une conception de la présidence de la République la plus adaptée aux circonstances. Je veux exercer le pouvoir en mobilisant l'ensemble des acteurs, collectivités, partenaires sociaux, entreprises, associations, sans lesquels il n'y a pas de réussite possible. Le prochain chef de l'État doit avoir la hauteur nécessaire mais aussi la proximité indispensable pour être à l'écoute de ses concitoyens. Être un Président normal, c'est être capable, dans des moments exceptionnels, de tenir bon, de fixer le cap, d'avoir la constance, la cohérence et l'exemplarité dans le comportement. - Est-ce que ça fait vraiment rêver ? Je sais ce qu'est un Président anormal, c'est la manière avec laquelle Nicolas Sarkozy a conduit le pays. Il faut faire rêver les Français et non leur mentir et encore moins les tromper. - Deux tiers des Français ne souhaitent pas voir DSK revenir, et vous ? Pour le moment, DSK n'est pas sorti de l'épreuve judiciaire, une fois innocenté, comme je l'espère, il lui appartiendra de dire ce qu'il veut faire. J'ai demandé que l'on recule la date de clôture des candidatures. J'ai pris cette position qui était celle de l'élégance et je la maintiens. - Quel rôle peut-il jouer dans la campagne ? Il est trop tôt pour le dire. Si nous étions dans la meilleure des configurations, celle où il serait de retour en France, il pourrait apporter son expérience et ses compétences. Mais ne parlons pas de ce qui n'est pas, parlons de ce qui est ! - Le Parquet a ouvert une enquête préliminaire sur la plainte de Tristane Banon qui accuse DSK de tentative de viol. Sa mère dit qu'elle vous a tenu informé à l'époque des faits. Ne craignez-vous pas que cette affaire perturbe votre campagne ? Je ne vois pas pourquoi. Laissons faire la justice. - La course aux ralliements s'accélère entre vous et Martine Aubry. On sait que c'est la figure imposée mais est-ce vraiment utile de montrer ses muscles ? Je ne sollicite personne. Mais je ne me plains jamais qu'un responsable du PS dise les raisons qui justifient son engagement auprès de moi. Je ne suis pas dans une course aux signatures. Je ne suis pas dans une démarche de congrès socialiste. Je suis tourné vers les Français. - Quelles sont vos quatre grandes propositions ? Je veux faire en sorte qu'aucun jeune ne sorte de l'école primaire sans avoir acquis les fondamentaux; j'entends créer 500000 places pour la petite enfance; je veux qu'aucun jeune de 16 à 20 ans ne se trouve sans solution de formation ou d'emploi. Enfin, je propose de mettre en place un contrat de génération, autrement dit, un employeur qui permettrait à un senior de rester en poste jusqu'à la retraite et embaucherait un jeune en CDI, pourrait être exonéré, pendant trois ans, de cotisations sociales sur les deux emplois. - Quelle est votre réaction à la polémique qui oppose la Cour des comptes et le ministre de l'Intérieur sur la sécurité ? Je suis issu de la Cour des comptes. Je ne peux pas admettre que le ministre de l'Intérieur puisse atteindre à l'indépendance et l'autorité de cette haute juridiction. Je mets en cause le président de la République qui, en organisant une polémique à l'égard d'une grande institution de la République, veut détourner l'attention de ce que révèle ce rapport. C'est-à-dire un échec grave de la politique de sécurité et surtout une désorganisation de la police et de la gendarmerie. Les dix ans de gestion de la question de la sécurité par Nicolas Sarkozy se terminent par un échec patent. Il a perdu la confiance des Français. Il avait annoncé la rupture, il l'aura réalisée.

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